Plongée au cœur de l’exposition participative du Mémorial de Rivesaltes. Entretien avec Céline Sala-Pons, directrice du Mémorial.

La Région Occitanie, le 3 mars 2025

Céline Sala-Pons, directrice du Mémorial – Photo ©Cyril Tricot


Au Mémorial de Rivesaltes, l’exposition « Objets de mémoires » s’inscrit dans une démarche participative, impliquant des citoyens dans la sélection d’objets témoins de l’histoire du camp. Entre mémoire collective et transmission, cette exposition met en lumière l’importance des objets du quotidien comme vestiges des souffrances et des parcours de vie des internés. Céline Sala-Pons, directrice du Mémorial, revient sur les motivations de cette initiative, le lancement de l’appel aux dons et dépôts d’objet, et la collaboration avec l’artiste plasticienne Nicole Bergé. 


Quelles sont les motivations pour créer une exposition participative ? Quels sont les objectifs visés par le Mémorial ?
La démarche participative et citoyenne liée à cette exposition repose sur la volonté du Mémorial de proposer un nouveau regard sur ses collections d’objets, en faisant appel à ces citoyens du territoire non spécialistes du lieu ou de son histoire.
L’objectif de l’exposition est de mettre en avant des objets agissant comme autant d’empreintes des souffrances endurées par les populations ayant été internées ou reléguées ici pendant près de soixante ans. L’objet se fait ici passeur d’Histoire, transmetteur de mémoires multiples unifiées dans un récit commun.

Quel rôle joue l’appel à collecte d’objets dans cette dimension participative affichée par le Mémorial ?
En parallèle de cette démarche et dans le cadre de la refonte de son exposition permanente à l’occasion de ses 10 ans d’existence, le Mémorial a souhaité initier un appel aux dons et dépôts d’objets qui viendront nourrir et enrichir le futur parcours de visite qui sera inauguré en octobre 2025.  L’objectif de cet appel est de pouvoir accorder une place plus conséquente aux objets pour retracer l’histoire du camp de Rivesaltes et plus largement dresser un portrait sensible de l’histoire des camps au XXe siècle.
La borne temporelle de cette collecte d’objets s’étale de 1939 à 2015. Ces objets matériels originaux pourront prendre la forme d’objets du quotidien (vêtements, papiers d’identité, effets personnels, ustensiles, outils, lettres, etc.), de ressources visuelles (photographies, affiches) ou encore d’œuvres d’art témoins des mémoires du lieu. Comme pour l’exposition temporaire Objets de mémoires, cette démarche se veut participative afin d’impliquer les citoyens du territoire et d’imaginer collectivement un lieu de mémoire et de transmission pour les générations futures.


L’artiste plasticienne Nicole Bergé s’est penchée sur les objets du quotidien, ce travail qu’elle appelle l’archéologie de surface, (fils de fer, bouchons de bouteille en porcelaine…), pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette approche de la mémoire ?
Depuis 2005, Nicole Bergé mène un travail d’étude du camp de Rivesaltes au travers d’une collecte photographique et de la récolte d’objets divers sur le site même de l’ancien camp. Comme elle le dit elle-même, « cet énorme terrain militaire a vu passer tant de populations qu’il était difficile de déterminer à qui pouvaient avoir appartenu ces objets. Ce fut une obsession pour moi d’essayer de retracer l’histoire de ce camp au travers de ces « reliques » » . Charnières de portes, fils barbelés, culs de bouteilles, débris de vaisselle, lambeaux de chaussures, vestiges de jouets abandonnés… peuplent de leur multitude les espaces aujourd’hui désertiques du camp et nous font entendre les foules qui ont vécu la violence quotidienne de l’internement. Au vide du camp et au danger du silence, Nicole Bergé oppose la masse des objets. A travers eux, ce sont les hommes, les femmes et les enfants ici relégués qui ne cessent de nous parler pour ne pas oublier.

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« En 2006, j’ai effectué la collecte photographique de 3 îlots du camp de Rivesaltes pour la préfiguration du mémorial. Durant ces 6 mois sur le terrain, j’ai commencé à trouver des tas d’objets rouillés, un peu partout, mais surtout loin des baraques, en dehors des sentiers dessinés par les visiteurs. » Nicole Bergé



Quel est l’apport des citoyens dans cette exposition ? Qu’est-ce qu’une démarche participative dans un lieu comme le Mémorial ?
En s’impliquant à chaque étape du projet d’exposition temporaire, depuis la sélection des objets jusqu’à la rédaction des textes de salle et des cartels en passant par la conception du mobilier d’exposition et de la scénographie, les dix citoyens impliqués dans le projet « Objets de mémoires » ont chacune et chacun apporté un regard différent et leur sensibilité propre. Accompagnés de professionnels et de l’équipe du Mémorial, ils ont ainsi grandement contribué à imaginer une exposition mêlant objets, images, témoignages et récits qui sont autant de traces qu’il nous faut suivre pour pénétrer l’histoire du camp. Comme le déclare Marie, l’une des participantes, « Cette exposition est une réponse. Par une approche sensible de tous ces objets, nous avons imaginé ensemble ce que signifie la construction de notre mémoire collective et citoyenne. »


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L’atelier scénographie avec le groupe de citoyens mobilisés (©Nicole Bergé)



Parmi les citoyens qui ont participé, quels témoignages ont le plus touché l’équipe du Mémorlal, ceux qui vous ont fait comprendre que vous aviez partagé la mémoire, et peut-être plus ?
Femmes ou hommes, étudiants, actifs ou retraités, les dix citoyens engagés dans ce projet nous ont tout d’abord touchés au travers de leur implication sans faille au cours des quelques sept mois qu’a duré la préparation de l’exposition et des nombreuses réunions de travail partagées. Avec leur sensibilité propre, ils ont su créer une formidable énergie de groupe et se retrouver tous autour d’un objectif commun : raconter par l 'objet l’histoire du camp de Rivesaltes et les conditions si difficiles des populations internées ou reléguées ici au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Comme Jackie, l’un d’entre eux, aime le dire, « Je ne pensais pas être aussi sensible à ces objets qui, bien qu’ils ne me parlent pas directement, disent beaucoup. On croit savoir, mais on ne sait pas. ». Pour l’équipe du Mémorial, un autre élément frappant a certainement été de voir qu’il n’y a eu aucun conflit dans le groupe, chacun acceptant la nuance et le débat. "On est allés en profondeur des choses dans une époque où on ne lit que les gros titres."


Propos recueillis par la Région Occitanie


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Le Mémorial du camp de Rivesaltes propose tout au long de l’année 2025 une programmation scientifique et culturelle nourrie, dont le détail est à retrouver sur son site internet.

Si les salles d’exposition seront fermées au public pendant les travaux de refonte de l’exposition permanente (du 1er juillet au 18 octobre 2025), l’extérieur du site et l’exposition temporaire Objets de mémoires resteront accessibles gracieusement. Des visites accompagnées seront également proposées tous les jours de semaine pendant l’été.