Lauréat budget participatif : en Ariège, une épicerie associative et un lieu de culture

La Région Occitanie, dans Alimentation, le 27 mars 2025

Le local de l’épicerie est en passe d’être agrandi


Dans le Couserans, magnifique territoire situé au sein du Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises, se trouve désormais un « paradis païen », à la fois épicerie locavore, associative et participative, espace de vie sociale, salle de spectacle, guinguette et résidence d’artistes. L’épicerie, actuellement en travaux, rouvrira le 1er juillet prochain.


Le « paradis païen », drôle de nom pour un endroit atypique mais qui donne envie d’aller y faire un tour. À défaut d’atteindre le septième ciel, on y rencontrera assurément des personnes ouvertes et passionnées, à commencer par les créateurs de cet objet non identifié qui se veut avant tout lieu de partage et de rencontres. L’initiatrice du projet, avec son compagnon, s’appelle Anaïs Bouchez ; elle est aujourd’hui gérante – pour l’instant bénévole – et responsable du pôle culturel. Pour cette Lilloise d’origine qui travaillait à Paris, l’histoire commence par une révélation. « J’ai une sœur qui a habité en Ariège, raconte-t-elle. En venant la voir régulièrement il y a quelques années, j’ai découvert ces vallées et j’ai eu un coup de cœur. La nature, la montagne, ça m’a séduite dès le départ. À l’époque je m’étais dit : je finirai là-bas. » Anaïs est régisseuse de spectacles, le couple a déjà ouvert trois cafés-concerts à Paris. « J’ai toujours eu dans la tête un projet de résidence où les artistes pourraient rester plus longtemps, travailler et où le public pourrait les rencontrer. »


Se rapprocher de la nature


En 2016, le départ de la capitale vers les montagnes ariégeoises se concrétise. Les trentenaires cherchent un terrain à acheter, avec un tout petit budget. Ils tombent sur une grande bâtisse à Castet d’Aleu où ils se plaisent à imaginer leur projet. « Il y avait juste quatre murs, un toit et un plancher à l’étage », se souvient Anaïs. « Mais les habitants, très accueillants, nous ont encouragés quand on leur a expliqué ce que l’on avait envie de faire. L’épicerie du village avait fermé en 2012, il n’y avait pas de café, plus aucun commerce aux alentours. Ici, il faut au minimum 20 minutes de route pour aller faire ses courses. Les gens étaient en attente de quelque chose. » Un petit héritage familial est utilisé pour les travaux, réalisés par le couple avec des coups de main de quelques voisins, en favorisant le plus possible les matériaux de récupération. « On a programmé un premier concert à peine quelques mois après être arrivés, avec une invitation lancée à tous les villageois. 150 personnes sont venues et ça leur a beaucoup plu ! On a réussi à susciter de la curiosité. »


Une épicerie où le client décide et participe


Une partie du bâtiment a été réservée à l’épicerie associative. En 2023, en faisant de la prospection pour trouver des subventions, Anaïs voit passer l’appel à projets de la Région. « Après avoir été sélectionnés pour les budgets participatifs, on a arpenté tous les marchés du Couserans, le mercredi, le samedi, le dimanche pour expliquer notre projet et inciter à voter pour nous. Dans notre petit coin de montagne, on a obtenu 875 votes. Les gens d’ici étaient très fiers qu’on parle de Castet d’Aleu et que pour une fois, les financements n’aillent pas qu’à la ville. » L’épicerie fait partie du réseau national Mon Épi, renommé Mouvement des Épis, qui recense sur une plateforme tous les producteurs locaux dont les produits sont vendus dans chaque épicerie de France. Les épiceries du réseau peuvent choisir leurs produits sur cette plateforme. Les clients paient une adhésion annuelle (20 € en 2023), sont rassemblés en association et participent au fonctionnement de l’épicerie qui n’emploie pas de salariés. En échange de deux heures de travail par mois dans l’épicerie, les clients-adhérents ont accès, à prix coûtant, à des produits locaux de qualité, sélectionnés selon des critères qu’ils ont eux-mêmes définis. « Il n’y a aucune marge sur les produits, c’est de la vente directe du producteur au consommateur », insiste Anaïs.


Réouverture cet été, après agrandissement


L’épicerie avait été ouverte de juillet à décembre 2023 pour une phase de test. On y trouvait de tout, de la viande aux légumes en passant par les produits d’hygiène et de beauté, de la bière et du vin. « Et même du chocolat local, précise Anaïs. Bien sûr le cacao ne venait pas de la région mais la transformation était ariégeoise. Pour mettre un produit en rayon, notre premier critère a été la proximité, afin de réduire l’empreinte carbone et de valoriser les producteurs du territoire. Si on voulait par exemple du fromage, on cherchait d’abord un producteur dans un cercle de trois kilomètres autour de l’épicerie. Si on n’en trouvait pas qui corresponde à nos valeurs, on élargissait le cercle à 5 kilomètres, puis 10 kilomètres et ainsi de suite. » En six mois, l’épicerie a vendu pour 22 000 € de produits locaux. « C’est un très beau chiffre pour seulement trois ou quatre heures d’ouverture par jour. Cela prouve le besoin d’un commerce sur cette zone. » Anaïs Bouchez pourra se consacrer à d’autres missions que la gestion de l’épicerie : des adhérents ont relancé un collectif et repris le flambeau. Pendant les travaux d’agrandissement, ils travaillent ensemble à la définition des valeurs, l’organisation, les jours et horaires d’ouverture. Avec un objectif : que l’épicerie ouvre ses portes de façon pérenne à compter du 1er juillet.


Lauréat du budget participatif Vos solutions pour le climat et l’alimentation en février 2024 pour un montant de 70 000 €.



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