Lauréat budget participatif Climat. En Haute-Garonne, des champignons pour sauver le monde

La La Région Occitanie, dans Environnement Climat, le 2 avril 2024

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Originaire du Mexique, Mariana Dominguez Peñalva a posé ses bagages il y a une dizaine d’années dans le Lauragais où elle a développé son projet, Fungus Sapiens. Sa méthode pour fabriquer des matériaux innovants et écologiques à partir du mycélium, filaments issus de la racine des champignons, concerne autant le secteur aéronautique que celui du luxe ou de l’artisanat.

Mariana a un parcours de vie qui force le respect. Née au Mexique, elle vient en France au début des années 2000 pour suivre des études d’arts plastiques et de cinéma. De retour dans son pays, elle travaille dix ans dans le 7ème art en tant que scénariste, réalisatrice et productrice. Mais la passion de la biologie, qui l’habite depuis l’enfance, alimente sa conscience écologique. « J’ai eu un déclic à la naissance de mon fils », se souvient-elle. « Je me suis posé cette question : en faisant du cinéma, est-ce que j’apporte quelque chose à ce monde qui va droit dans le mur si on continue à détruire la planète ? »
En parallèle de son activité professionnelle, elle commence à s’intéresser à la valorisation des déchets au Mexique. « Là-bas, un lac était asphyxié par des jacinthes d’eau qui y proliféraient, ce qui obligeait les riverains à partir travailler aux États-Unis. J’ai monté un projet pour valoriser ces déchets végétaux et aider les habitants à s’en servir dans leur métier, en faisant du compost pour l’agriculture et de l’artisanat. Nous menions une double mission : nettoyer le lac et valoriser ce déchet qui s’est révélé très riche. »

De retour en France en 2012, elle réfléchit à relancer un projet de valorisation des déchets quand, au cours d’une balade en forêt, elle se focalise sur un champignon et sur sa matière. « En creusant la question, je suis tombée complètement amoureuse des champignons !  »

Le champignon, une alternative écologique au plastique

Elle découvre que la partie racinaire des champignons, le mycélium qui se trouve sous la terre, a des propriétés extraordinaires. « En inoculant du mycélium dans des déchets agricoles ou forestiers dont on ne sait pas quoi faire, comme de la sciure, explique l’entrepreneuse, on va obtenir des matériaux qui peuvent remplacer par exemple le polystyrène, le cuir ou le plastique. »
Accompagnée par un microbiologiste, elle suit une formation sur mesure. Élaborer son projet prend du temps. « J’ai fait beaucoup d’essais et plein d’erreurs qui m’ont permis de trouver des matières et des applications diverses ».
Mariana est désormais incollable et intarissable sur les facultés de ses biomatériaux innovants. Premier exemple : mettre fin au polystyrène, hyper polluant. « Le polystyrène est une sorte de mousse à base de pétrole. Le téléviseur que vous achetez est emballé dans du polystyrène. Après peut-être seulement 3 ou 4 jours de transport, l’emballage est jeté mais le polystyrène dure mille ans et on ne sait pas le valoriser ! C’est vraiment un fléau. Il va être interdit en Europe, mais pas avant 2043… ». Le polystyrène fabriqué à partir de champignons est entièrement compostable ; il est aussi plus performant car ignifuge, ce qui intéresse l’aéronautique.

Une demande d’Airbus

Autre application : proposer une alternative au cuir animal. Mariana a développé une matière qui ressemble au cuir, qui a le toucher du cuir mais qui est biodégradable et pourtant suffisamment solide pour être utilisée plusieurs années. Elle lui a donné un nom, le maelium, car elle n’a pas le droit d’employer le mot « cuir ». Cette matière est plus écologique que le cuir, sa fabrication consomme peu d’énergie et d’eau. De plus, la production de mycélium ne nécessite que de petites surfaces. La jeune femme a une ferme verticale : elle entrepose ses bacs de culture dans des containers isothermes, dans le noir. «  Pour une paire de bottes en cuir, il faut 8000 litres d’eau, argumente-t-elle. Pour un mètre carré de maelium, j’ai besoin de 40 litres d’eau. Dans un container, je peux faire pousser entre 300 à 500 pièces de maelium : vous imaginez le nombre de vaches qu’il faudrait ?  » Pour colorer ses pièces, elle utilise moitié moins de pigment végétal, ce qui est plus économique. Le fait de concevoir une matière semblable au cuir sans exploiter d’animaux, point important pour Mariana, correspond aussi à la préoccupation de plus en plus de consommateurs. «  Certaines marques font du cuir végan mais il est fabriqué avec du polyuréthane, donc du plastique », tient-elle à préciser.
L’an dernier, Airbus lui a demandé de travailler sur un prototype pour les accoudoirs et appuie-têtes des sièges d’avion du futur.

Passer à une échelle supérieure

Lorsque Mariana a cherché des fonds, elle a vu l’appel de la Région pour les budgets participatifs. « J’ai trouvé ça génial et j’ai foncé. Étant étrangère, je n’avais pas un important réseau alors j’ai été agréablement surprise d’être retenue. Mais j’ai été très soutenue par des journalistes qui sont venus faire des interviews et des articles, ce qui nous a donné de la visibilité. J’ai aussi beaucoup communiqué sur Facebook  ». La presse continue aujourd’hui à s’intéresser à son entreprise, qui a fait l’objet de reportages dans les journaux télévisés de TF1, France 2 et M6.
Elle est extrêmement reconnaissante à la Région d’avoir obtenu de l’argent pour équiper son laboratoire, acheter du matériel de biologie moléculaire et des machines numériques, aménager une serre et plusieurs containers et acquérir une bibliothèque de plus de 10 000 souches de mycélium.
En avril 2024, Mariana va lancer une campagne de crowdfunding pour produire ses propres objets en maelium : portefeuilles, pochettes pour lunettes, chaussures, etc. Elle veut créer des modèles avec des artisans de la région de Mazamet et Graulhet, autrefois très réputée pour le travail du cuir.
Elle aimerait aussi que des marques de luxe ou des équipementiers sportifs adoptent ses matériaux pour concevoir des produits plus écologiques, afin que sa petite pierre pour sauver la planète devienne une solution à grande échelle.


Pour en savoir plus
Site internet : http://www.fungus-sapiens.com

Vidéo de présentation : https://www.youtube.com/watch?v=eujDJyZiagc

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Lauréat du budget participatif Climat pour un montant de 150 000 €