Dans l’Hérault, des paniers de fruits et légumes à 3 € pour les étudiants
Nicolas (à droite) avec des bénévoles de Terre Étudiante
À l’université Paul-Valéry de Montpellier, une association lauréate du budget participatif Vos solutions pour la vie étudiante, réinvente l’aide alimentaire en vendant à tout petit prix aux étudiants des paniers de fruits et légumes bio, cultivés et récoltés à deux kilomètres du campus. Une façon de conjuguer lutte contre la précarité étudiante et engagement environnemental.
À l’occasion d’une étude menée il y a deux ans par la Fédération des Associations Générales Étudiantes auprès de 7500 étudiantes et étudiants, 19 % avaient déclaré ne pas manger à leur faim et sauter plus de trois repas par semaine.
C’est ce constat insupportable qui a poussé Nicolas Devise, alors président de l’association Terre étudiante de Montpellier 3, à reprendre en 2024 le concept de distribution de paniers mis en place de façon temporaire par l’Université, en l’améliorant dans le but de le pérenniser.
« À l’époque, ces paniers étaient vendus à 2 euros sans réservation, ce qui provoquait de longues files d’attente et la frustration de nombreux étudiants qui repartaient bredouilles. »
Des produits frais et sains
Désormais, place aux “Paniers de Paul”, en référence à Paul Valéry, l’écrivain et poète dont l’université porte le nom.
Chaque semaine, 100 paniers bio d’une valeur de 15 euros sont proposés au prix de 3 euros, via une prévente en ligne. Toutes les demandes ne sont pas satisfaites mais au moins, il n’y a plus d’attente inutile.
Derrière ces paniers, une volonté : « Se démarquer de l’aide alimentaire classique destinée aux étudiants, souvent composée d’invendus de l’industrie agro-alimentaire et de conserves. Nous, on propose des produits frais, bio, de saison, en circuit ultra court : une nourriture bonne pour la santé. »
Même si Nicolas a conscience que c’est une goutte d’eau, l’impact de cette opération est réel. Au premier semestre de cette année universitaire 2025–2026, 1 200 paniers ont été distribués à 650 étudiants différents.
Un vieil étudiant très dynamique
L’existence des « Paniers de Paul » doit beaucoup à la motivation et l’énergie de Nicolas Devise, qui rit en avouant son âge : « 31 ans… je sais, c’est vieux pour un étudiant ! » Le jeune homme a un parcours atypique. Kinésithérapeute diplômé en 2019, il a exercé quatre ans avant de tout remettre en question. « J’ai fait le choix de reprendre mes études en 2023, en master gestion de l’environnement, car je me sens très concerné par les questions écologiques et la justice sociale. Je voulais exercer dans ces domaines-là. »
Sous l’impulsion de l’étudiant entrepreneur, la petite équipe de bénévoles de Terre étudiante a mené la campagne de vote pour les budgets participatifs de la Région Occitanie, qui a été une réussite.
En novembre 2025, les Paniers de Paul ont également remporté un appel à projets de la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et de la solidarité (Programme Mieux manger pour tous), leur assurant un financement pluriannuel de 63 000 euros sur trois ans. « C’était incroyable que dans le tableau des lauréats, on retrouve notre petite association étudiante aux côtés de grandes organisations comme la Croix Rouge ou le Secours Populaire ! » Une subvention de 15 000 € de la Fondation MACIF est venue compléter le financement, ce qui va permettre de professionnaliser l’association et d’embaucher Nicolas en 2026 pour coordonner le projet. « Je pense que le fait d’avoir été lauréat d’un budget participatif citoyen et d’être soutenus par la Région a donné confiance à d’autres financeurs. »
Succès chez les filles et dans les colocations
Au-delà de l’aide alimentaire, le projet crée du lien. « On demande aux bénéficiaires de venir au moins une fois dans le semestre aider à la distribution, sans obligation bien sûr. Au semestre précédent, on a eu 70 volontaires. Ça permet de créer une dynamique collective. »
Les retours des étudiants sont précieux. « Certains nous disent : vous êtes ma source de vitamines ! » D’autres découvrent des légumes qu’ils ne connaissaient pas, comme le chou-rave. Dans les colocations, le succès est assuré. « Ils s’éclatent, ils se font des bouffes à plusieurs avec nos paniers bio. Ça fait plaisir à voir. » Mais le projet a aussi ses limites. « On ne règle pas le problème des étudiants en chambre CROUS, sans possibilité de cuisiner. » Nicolas note aussi un déséquilibre dans la répartition des sexes : « 80 % des bénéficiaires sont des filles. Il faut travailler pour impliquer davantage les garçons. »
L’objectif pour les mois à venir est de sécuriser les financements, d’augmenter le nombre de paniers (portés à 120 par distribution dès la prochaine rentrée universitaire) et d’essaimer sur d’autres campus, notamment à Béziers. Et de continuer à innover, en mettant en place des ateliers cuisine, des fiches recettes, de la sensibilisation à une alimentation équilibrée.
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Lauréat du budget participatif Vos solutions pour la vie étudiante en octobre 2024 pour un montant de 30 000 €