Dans les Pyrénées-Orientales, la recette antigaspi du Maillon Solidaire

La Région Occitanie, dans Alimentation, le 23 octobre 2026

À Sorède, l’association transforme les fruits et légumes écartés de la vente en savoureux bocaux artisanaux. Une démarche qui soutient les producteurs locaux, enrichit l’aide alimentaire et sensibilise petits et grands à une alimentation durable.  



Des patates douces biscornues, des courgettes en surplus… Près d’un tiers de la production agricole finirait à la poubelle. Face à ce gâchis et à la précarité croissante, Le Maillon Solidaire offre une seconde vie aux invendus. Née en 2022 à Sorède, l’association luttait déjà contre le gaspillage en collectant les surplus de la restauration collective : 21,5 tonnes de denrées redistribuées à l’aide alimentaire en trois années scolaires. « L’idée remonte à plus de douze ans, lorsque travaillant dans l’animation, il m’arrivait de devoir jeter des repas non consommés  », raconte Nicolas Lassis, coordinateur de projet. Muriel Baux, cofondatrice et ancienne maraîchère, rêvait, elle aussi, d’étendre la démarche aux pertes agricoles. C’est désormais chose faite, grâce au budget participatif de la Région Occitanie.
b089c50862ba43881cd99a4b16fb89ddb17148bf.jpgPhoto 2 : Courge musquée, pamplemousse et zeste de citron : un aperçu des créations de l’association, estampillées du macaron officiel du budget participatif de la Région Occitanie.



Un tremplin régional décisif


« Cette aide a constitué un véritable tremplin » confie Nicolas. « Elle a couvert les dépenses de lancement : temps de travail, achat des pots et des ingrédients, mais aussi les étapes de structuration comme les analyses en laboratoire et les normes d’hygiène. Sans ce soutien, nous n’aurions probablement pas pu lancer le projet ni prouver sa viabilité. » Le vote citoyen a, lui, agi comme un formidable projecteur. « Il a donné une visibilité régionale à une petite association encore peu connue hors du département  », l’incitant à communiquer régulièrement sur le blog de la plateforme citoyenne. « Rendre compte de son avancement était un engagement envers les votants. » Aujourd’hui, une dizaine de producteurs bio, installés dans un rayon de 20 km, confient leurs invendus à l’équipe. Elle les transforme en confitures, chutneys ou tartinables dans un laboratoire mis à disposition à Arles-sur-Tech, une fois par semaine. La moitié des pots revient au producteur qui peut les vendre ou les offrir. L’autre est cédée à quatre structures d’aide alimentaire qui accompagnent 650 personnes par an. Fin juin, plus de 4 000 pots avaient été produits, soit 1,2 tonne de fruits et légumes sauvés. « Ils apportent un peu de soleil dans des colis dont la quantité et la qualité peuvent parfois être limitées », souligne le coordinateur. Le succès dépasse même le circuit solidaire : un restaurateur local sert désormais leurs chutneys de courgette en accompagnement de fromages.




Eduquer au goût, voir plus grand


Au-delà de la distribution, ces bocaux deviennent de précieux outils pédagogiques dans les écoles, collèges et accueils de loisirs, notamment lors d’interventions menées par Carine Font, animatrice de l’association, durant la Semaine du goût. Des ateliers culinaires ont aussi été organisés auprès d’étudiants et de publics précaires pour leur faire découvrir des recettes simples et une alimentation équilibrée. « Tout est lié : nous récupérons les invendus, les transformons et utilisons les produits obtenus pour sensibiliser  », résume Nicolas. L’association a toutefois adapté son organisation : l’éloignement du laboratoire et les longues journées de transformation compliquaient la participation régulière des bénéficiaires de l’aide alimentaire, initialement envisagée. Deux animatrices assurent donc l’essentiel de la production, avec l’appui ponctuel de bénévoles.  D’ici la fin de l’année, Le Maillon Solidaire étendra ses ramasses de restauration collective à Perpignan, avec les vélos-cargos de Tout en vélo, au profit de l’Espace Sango, épicerie solidaire ouverte aux étudiants. Un essaimage débute aussi à Prades tandis qu’un projet de conserverie mobile reste à l’étude pour se rapprocher des fermes et des habitants. Pour Nicolas, l’essentiel tient à ce changement de regard : « Beaucoup d’enfants et d’adultes pensent ne pas aimer les légumes. Pourtant, préparés autrement, ils se révèlent délicieux. Rien que pour cela, notre objectif est atteint. »  


Photo 1 (couverture) : Dans le laboratoire d’Arles-sur-Tech, Carine Font, Muriel Baux et Nathalie (bénévole) préparent les fruits et légumes récupérés. Chaque semaine, l’équipe transforme entre 20 et 30 kg d’invendus en délicieuses confitures et tartinables bio.



Site internet


Blog du projet   Lauréat du budget participatif « Vos solutions pour le climat et l’alimentation » pour un montant de 15 000 €.