Allo Nightline ?
Allo Nightline ?
Découvrez comment se déroule une nuit de permanence pour nos bénévoles écoutant.e.s à travers cet article.
La ligne d’écoute :
Nightline est une association agissant en faveur de la santé mentale des étudiant.e.s (et des jeunes de 16 à 30 ans) et qui œuvre chaque jour pour soutenir ces dernier.e.s.
Soir après soir, nos bénévoles se mobilisent dans les 9 antennes existantes en France hexagonale et en Outre-mer pour répondre aux appels de la ligne d’écoute réservée aux étudiant.e.s.
Pour rappel, le service d’écoute francophone de Nightline est ouvert tous les soirs de 21h à 2h30 du matin et du jeudi au lundi pour la ligne anglophone . Les étudiant.e.s de toute l’académie de Toulouse ont la possibilité d’appeler ou de communiquer à l’écrit via le tchat, disponible sur le site de Nightline.
La ligne d’écoute repose sur les principes suivants : le non-jugement, la non-directivité, la confidentialité et l’anonymat. Grâce à ce cadre, les bénévoles écoutant.es représentent alors une oreille attentive aux souffrances des étudiant.e.s.
En terme de chiffres :
La ligne d’écoute est fortement sollicitée chaque soir.
En ce qui concerne l’académie de Toulouse, nos bénévoles écoutants ont pu prendre 406 contacts (tchats et appels) sur les mois de janvier et février confondus. Nous avons actuellement 65 bénévoles engagé.es avec Nightline sur le service d’écoute et 57 d’entre eux sont des bénévoles écoutant.e.s.
Dans la suite de cet article vous allez entrer dans les coulisses d’une nuit de permanence et connaître le quotidien de nos bénévoles à travers le témoignage d’une bénévole écoutante.
Témoignage :
Comment as-tu connu Nightline ?
“J’avais envie de faire du bénévolat, alors je me suis rendue sur jeveuxaider.gouv et Nightline me semblait être le plus pertinent.”
Qu’est ce qui t’as donné envie de t’engager ?
“Ça faisait un moment que je voulais faire du bénévolat. Comme Nightline est une association spécifique aux étudiants, ça m’intéressait plus qu’une association “globale” où l’on retrouve n’importe quel type de public. Chez Nightline j’avais plus de chance de rencontrer des gens qui me ressemblaient. En plus, j’étudie la psychologie donc le choix était pertinent parce que ça me permet de travailler l’écoute.”
Peux tu me décrire une nuit de perm ?
“Si on est bénévole référent de la permanence, on doit arriver vers 20h30, soit 15 min avant les autres. Quand on arrive, on met tout le matériel d’écoute en place : on branche les ordinateurs, on installe la partie tchat, on vérifie que les micros, casques, souris fonctionnent…On est toujours 3 minimum et jusqu’à 5 par permanence (si pas d’annulation), si on est moins de 3, la perm est annulée.
A 21h, on part pour une grosse période d’appels/tchats puisque beaucoup de personnes attendent l’ouverture de la ligne. A cette heure-ci, tous les bénévoles écoutants présents sont mobilisés.
Pendant la permanence, on peut avoir différents types d’appels : des appels de décharges qui sont assez courts (environ 10 minutes) où l’on n’a pas besoin d’intervenir, on est là pour écouter et des appels plus longs (1h30) pendant lesquels on aborde différents sujets sur lesquels l’étudiant.e veut s’exprimer et on l’écoute. Après chaque appel/tchat, on prend une pause pour décompresser.
Ensuite, on remplit un questionnaire pour chaque prise de contact pour reporter le sujet global de l’appel, notre ressenti, ce qu’on a appris, les émotions ressenties et le déroulé de l’appel (ex : pleurs, bavard, silences…). On reporte aussi la thématique de l’appel; c’est plus pour les statistiques du service d’écoute. Il y a plusieurs thématiques : liens sociaux, pandémie, économie, études. On a aussi une partie sur la détresse psychologique et sur les violences (VSS, agressions…).
Comme il y a une forte affluence depuis 21h, vers 23h, les lignes sont saturées et il y a plus d’attente à ce moment-là pour les appels et les tchats.Vers 1h du matin, le rythme s’est calmé et on reste attentif jusqu’à la fin de la permanence (2h30). Après 2h30, la ligne est fermée mais nous avons la possibilité de continuer la discussion en cours.
Une fois la permanence finie, on range tout et on attend nos transports (les Ubers) pour rentrer chez nous, ça prend environ 30 minutes. On a un questionnaire de fin de perm dans lequel on fait remonter le déroulé de la nuit et si nous avons rencontré des problèmes particuliers pour être recontacté par l’équipe locale si besoin.”
Comment est-ce que tu vis tes nuits de perm ?
“ Ça fait longtemps que je prends des permanences donc ça va, au début j’étais un peu stressée. Si on est motivé, on peut prendre beaucoup de contact sinon on peut en prendre beaucoup moins, il n’y a aucune obligation, l’essentiel c’est que la personne soit là pour assurer si besoin. Personnellement je préfère les appels même si c’est vrai que les tchats laissent plus de temps pour reformuler et checker le protocole si on a un doute. Les personnes qui nous contactent via des appels donnent davantage d’informations et savent plus où elles veulent aller, je me sens moins “robotique”, moins “IA”.
Il y a une bonne ambiance en permanence et cela aide. Au début, je me demandais pourquoi on devrait tous être dans la même salle mais au final pendant la perm on se soutient à tout point de vue : quand c’est trop prenant émotionnellement, quand c’est difficile de savoir quoi répondre puisque tout le monde est dans la pièce, tout le monde est dans la même situation.”
Qu’est ce qui revient dans vos appels ? ou en quoi sont-ils différents ?
“ Il y a beaucoup de choses différentes. Il y a des sujets très spécifiques et/ou auxquels on ne s’y attend pas mais je ne vais pas les citer ici…
On a la problématique des liens sociaux mais qui traduit plutôt un isolement, j’entends beaucoup de phrases du genre “je suis tellement pathétique que je dois vous appeler” ou “je suis tellement pathétique que je peux pas appeler mes parents donc je vous appelle vous” alors que non !
A part ça, il y a des sujets qui sont évoquer indirectement mais qu’on peut associer aux difficultés économiques ou aux études. On a aussi les cas de maladie, de la personne elle-même ou d’un proche.
Il y a la thématique du suicide qui revient quelques fois : on entend des étudiants qui ont des idées suicidaires, j’entends “ça serait bien si je pouvais mourir, disparaître”, certain.e.s y pense vaguement et d’autres plus concrètement. On rencontre aussi les problématiques liées aux TCA et aux scarifications.
En général beaucoup de sujets différents sont abordés sur des prises de contacts longs. Sur les appels courts, la personne se focalise sur un sujet bien précis."
Quel est votre rôle en tant qu’écoutant ? Comment vous aidez ?
“ on va écouter la personne qui appelle pour qu’elle se décharge. Parler ça permet de relativiser et de penser à autre chose, au moins pour la nuit. La personne peut décharger ses émotions avant la nuit : “je vais pouvoir réussir à dormir” revient souvent.
Si la personne arrête de parler on peut poser des questions de relance ou rebondir sur un sujet qui nous intéresse, c’est le côté humain de l’appel. Des fois il y a des personnes qui parlent d’une traite et là c’est plus court. Quand on communique par tchat c’est beaucoup plus long parce que la personne ne répond pas forcément de suite, il y a beaucoup de pauses. Dans tous les cas, on rebondit.
Le reste du temps, on écoute, on relance avec des questions ouvertes (ou fermés pour les moins bavards), on creuse le contexte, on questionne le ressenti sur le moment et sur le fait d’en parler.
A côté de nous on a des ressources spécifiques aux TCA, VSS, au deuil…. On a différents protocoles selon les situations comme un protocole pour les VSS ou crise d’angoisse.
S’il existe des lignes plus adaptées à la problématique évoquée, on va rediriger (ex : vers le 3114 – numéro de prévention du suicide) pour qu’ils puissent apporter autre chose."
En dehors des perm c’est quoi ton quotidien en tant que bénévole à Nightline ?
“Une fois par mois il y a un GAP (groupe d’analyse de pratique), ça dure 1h30 et on est une dizaine de bénévoles en général. Pendant le GAP il y a un.e psychologue qui encadre nos échanges, peut apporter son expérience ou nous relancer…c’est un peu notre écoutante à nous ! Pendant le GAP on est invité à parler de toutes les situations qu’on a vécu par exemple des appels marquants mais aussi si on a subi des appels “abusifs”. C’est-à dire de personnes qui nous insultent, dépassent le cadre.
Il y a des ateliers proposés avant les GAP pour s’entraîner sur des situations qui nous mettent en difficulté ou pour faire des rappels sur la formation. En plus des GAP, si on en a besoin, on a le droit à un.e psychologue de recours avec qui on peut avoir des RDV perso pour parler des appels et de tout ce qui est lié à notre bénévolat.
En tant que bénévole écoutant, nous participons aussi à des “entretiens”, temps de suivi réalisés par d’autres bénévoles, un premier au bout de 3 mois, puis tous les ans. Pendant cet entretien on nous demande comment on vit le bénévolat, comment on se sent dans l’asso etc…parfois c’est un moment de réalisation.
On a également des activités de cohésion qui sont prévus tous les mois. Ces moments de rencontre sont nécessaires parce que c’est important de se connaître et d’être bienveillant dans la salle de permanence.”
Qu’est ce que t’apporte ce bénévolat ?
“ J’ai pu rencontrer pleins de gens sympas, pleins de gens ici sont devenus des amis donc ça m’a beaucoup apporté sur le plan social, sur le plan personnel. Ça me permet aussi de développer mes compétences d’écoute, mon attention, plus d’empathie. Grâce à ça on se rend davantage compte de tout ce que les personnes vivent et ne veulent pas dire. Je me rends davantage compte des problèmes auxquels les étudiants peuvent faire face, certaines situations sont difficiles et tellement de choses peuvent en découler parce que les gens ne peuvent/veulent pas en parler. “
Comment s’engager :
Si tu es étudiant.e et que tu as envie, toi aussi, de t’engager pour une service d’écoute en faveur de la santé mentale des étudiant.e.s, voici la marche à suivre :
Tout d’abord, il te faudra remplir ce formulaire, puis tu seras recontacté afin de passer un entretien en vue de discuter de ce qu’est l’engagement chez Nightline. A la suite de cet entretien, tu pourras suivre la formation afin de devenir bénévole à ton tour.
La formation se déroule sur 2 week-end de suite et est assurée par des bénévoles formateur.rices. Nightline prévoit environ 4 créneaux de formation réparties sur l’année.
A ce jour, la prochaine formation est prévue sur les week-ends du 25 et 26 avril et du 2 et 3 mai.
Les bénévoles écoutant.es prennent jusqu’à 3 permanences maximum par mois et doivent obligatoirement participer à un Groupe d’Analyse de Pratique animé par un.e psychologue chaque mois.
Le but de cet article était surtout de révéler le rôle crucial que joue les bénévoles au sein de Nightline ainsi que leur dévouement.
C’est grâce à l’ensemble de nos bénévoles et volontaires que nos actions peuvent se mettre en place et que nous sommes capables d’agir en faveur de la santé mentale.L’intérêt du soutien par les pairs repose notamment sur la crédibilité conférée au bénévole par le partage d’une expérience similaire à celle de la personne qui cherche de l’aide et l’existence d’un réel tabou lié au fait d’aller consulter un psychologue, et peut ainsi être à la fois une porte d’entrée (ou une étape intermédiaire, un tremplin) vers le soin pour ceux qui en auraient le besoin et qui hésiteraient à en faire la demande.
Souvent dans l’ombre pour respecter le principe d’anonymat, nous pouvons remercier chaque bénévole écoutant.e pour leur engagement au travers de cet écrit.
A suivre…